Le phalanstère

Le phalanstère est un mot-valise créé par la contraction de “phalan[ge]” (du grec ancien φάλαγξ, « bataillon ») et [mona]stère (de στερεός « solide/unité »), inventé par Charles Fourier dans les années 1820. Il désigne un lieu dans lequel quelques 400 familles partagent un ensemble de bâtiments à usage communautaire, formé par la libre association et par l’accord affectueux de leurs membres.
Destiné à abriter 1 800 à 2 000 sociétaires, le phalanstère est un bâtiment de très grande taille : une longueur de 600 toises, soit environ 1 200 m, à comparer aux 500 m du château de Versailles ; une surface occupée – bâti et non bâti — d’environ 4 kilomètres carrés ; des arcades, de grandes galeries facilitant les rencontres et la circulation par tous les temps ; des salles spécialisées de grande dimension (tour-horloge centrale, bourse, Opéra, ateliers, cuisines) ; des appartements privés et de nombreuses salles publiques ; des ailes réservées au « caravansérail » et aux activités bruyantes ; une cour d’honneur de 600 m x 300 m, dans laquelle tiendrait la grande galerie du Louvre ; une cour d’hiver de 300 m de côté (à comparer aux 100 m de la place des Vosges) plantée d’arbres à feuillage persistant ; des jardins et de multiples bâtiments ruraux…

Dans un phalanstère, les journées d’activité sont longues, les nuits sont courtes. Les phalanstériens ne connaissent pas la fatigue due à la monotonie des tâches, au non-respect des rythmes naturels, aux dissensions générées par l’absence de choix des compagnons de production et à la hiérarchie non fondée sur le talent. Bien au contraire, s’activer successivement dans de nombreux groupes passionnés est une joie de tous les jours, qui conduit la vieillesse à être belle et attirante. Ainsi la considération et l’affection des plus jeunes lui échoient-elles naturellement.

Une description du phalanstère fut popularisée par un disciple de Fourier, Victor Considérant, institutionnalisant une représentation du projet sous la forme d’un vaste palais évoquant le château de Versailles.

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Des dizaines de communautés d’inspiration fouriériste émergent entre les années 1833 et 1860, majoritairement aux Etats-Unis. Après quelques années, presque toutes périclitent.

C’est Jean-Baptiste Godin, un ingénieur inventeur des poêles de chauffage en fonte, qui donne sa plus grande vigueur au projet phalanstérien, en créant le Familistère à Guise (Aisne) en 1848, qui regroupera jusqu’à 2.000 ouvriers et leur famille, à deux pas des usines. Le projet survit jusqu’en 1968 ; le familistère est aujourd’hui un très beau musée dédié à l’utopie.